Mais au fait, pourquoi j’entreprends ? 

par Laurent Chane
Une de nos amies entrepreneuses a perdu tout son appareil de production lors des dernières inondations. Alors, même si les assurances vont couvrir, même si les amis vont prêter main forte pour nettoyer tout cela et sauver ce qui peut être sauvé, je me demande, si cela avait été moi, debout, seau et serpillère à la main, devant cet amas de boue, aurais-je le courage de tout reconstruire de zéro ? La réponse me paraît évidente pour moi et je pense que cela tient à pourquoi j’ai choisi d’entreprendre, les motivations qui m’animent tous les jours. Alors bien sûr, j’ai choisi d’entreprendre pour des raisons qui me sont propres, mais ce n’est que récemment que j’en ai pris conscience.  
Mais au fait, pourquoi j'entreprends ?

Devenir riche ?

Pas vraiment, je gagnais bien ma vie comme consultant dans une boîte de conseil auparavant. Même si je ne me plains pas de ce que dégage mon activité, on est loin de mon salaire précédent, et même de mon premier salaire ! Même les projets étaient plus complexes et de plus grande envergure dans ma vie d’avant. Et pourtant cela ne me paraissait pas satisfaisant. Je vis aujourd’hui assez bien de mon activité et ne cherche pas à travailler plus plus gagner plus comme dirait l’autre. De manière générale, il est plutôt rare de voir un entrepreneur arriver au même niveau de revenu que s’il était salarié, du moins dans les premières années de son activité indépendantes. Autant se le dire et ne pas se faire d’illusion sur ce point pour éviter trop de déconvenues, dans la majorité des cas, on ne devient pas entrepreneur pour l’argent. 

Pouvoir choisir pour qui travailler ?

Je sens que j’approche un peu plus de la réalité. Après avoir travaillé sur des projets pour de merveilleux clients vendeurs de produits chimiques et d’objets superflus, je m’offre le luxe de ne choisir que des clients avec qui je partage certaines valeurs qui me sont chères. Idem pour les collègues et partenaires. Si on accroche bien, on a envie de créer quelque chose ensemble, de vivre une aventure commune, sinon, on se serre la main et on évolue chacun de son côté. L’envie partagée me semble plus prometteur car comme dans un couple moderne, sans envie d’être ensemble, il est plus difficile de construire quelque chose de solide.

Savoir se faire aider
et en avoir pour son argent

Pouvoir gérer mon temps ?

C’est encore plus chaud. Oui, c’est vrai, j’ai pris plus de vacances à un moment donné pour pouvoir m’occuper de mes filles et les voir grandir quand c’était le moment approprié. Les petits moments chagrins où elles avaient besoin de nous sont passés maintenant mais je suis content de ne pas les avoir ratés. Du temps pour pouvoir m’engager dans la vie de ma cité aussi, bénévolement en associatif, mais parce que j’y trouve un sentiment d’accomplissement qui me renforce aussi personnellement et professionnellement. Rétrospectivement, je suis content d’avoir pris du temps pour moi, ce qui m’a aidé à prendre de la hauteur face aux obstacles de l’entrepreneuriat et à gagner en sérénité.
Il me semble que le plus important est la satisfaction de rester maître de ses choix, de ne pas les subir. Alors bien sûr on ne peut pas toujours dire non à un client si c’est pour finir le mois à manger des pâtes sans sauce. Il faut garder un équilibre et ne pas sacrifier systématiquement le rouage central de son projet, soi-même.

Pouvoir m'accomplir

Je me rappelle également ma démarche de recherche d’activité lorsque salarié, je caressais l’idée de devenir entrepreneur. Je me souviens avoir longuement étudié la possibilité d’ouvrir un magasin en franchise, dans un domaine qui me ferait plaisir, un magasin de loisir créatif ou de services d’aide à la personne. Mais en fait, je sentais que cela ne convenait pas.

En m’interrogeant avec acharnement, la réponse m’est apparue au détour d’un énième essorage de méninges : j’aspirais à créer. Dessiner, bricoler, cuisiner même, étaient des actes créatifs et satisfaisants. J’avais jusque-là toujours apprécié créer c’est-à-dire pour moi, faire passer la page blanche à quelque chose de satisfaisant, sans suivre un mode d’emploi normatif. Je m’en suis souvenu plus tard lorsque déroulant pour la 5ème fois la même formation je me suis demandé pourquoi elle ne me faisait pas autant plaisir que les quatre fois précédentes. Là encore, un essorage de méninges m’a permis d’identifier que j’étais un entrepreneur créateur et pas un entrepreneur gestionnaire. Dont acte, je crée, pour ensuite transmettre.
Pour moi, s’il y avait une question à se poser avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, cela serait A quoi aspires-tu ? 

Et vous, quelle est votre réelle motivation pour entreprendre ?

Il n’est pas facile de faire le tri dans ses motivations profondes, d’autant que cela touche met en regard des éléments professionnelles et des questionnements très personnels comme le sens de son existence sur terre. Comme nous le discuterons plus loin, dans une impasse, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner.

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